12.03.2009

Resistance

Allez, je saute dans le train de L et je résiste moi aussi à Snydick.

D'abord, un peu de rigolade pour mon buddy! (oubliez pas de couper "l'Adagio" tout en bas...)

 

 

Et maintenant...voici du Watchmen, du vrai, du bon, 100% Alan Moore à vous mettre sous la dent...pour anglicistes only...et pour les autres, descendez à la fin de la note, j'ai quand même pensé à vous.

 

 

Rorschach's journal. October 13th 1985. 11.30 P.M:

 

watchmen_rorschach.jpg

 

On friday night, a comedian died in new york.

 

Someone threw him out of a window and when he hit the sidewalk his head was driven up into his stomach.

 

Nobody cares.

Nobody cares but me.

 

Are they right? Is it futile?

Soon there will be war. Millions will burn. Millions will perish in sickness and misery.

Why does one death matter against so many?

 

Because there is good and there is evil, and evil must be punished. Even in the face of armageddon I shall not compromise in this.

But there are so many deserving of retribution...

 

...and there is so little time.

 

¤

 

 

Kovacs had friends. Other men in costumes. All Kovacs ever was: man in a costume.

Not Rorschach.

Not Rorschach at all.

 

In 1965, worked with Nite Owl bringing street gangs under control. Tackled the big figure together. Brought down underboss together. Good team.

 

Until he got soft, like rest.

Until he quit.

 

No staying power. None of them. Except comedian. Met him in 1966. Forceful personality. Didn't care if people liked him. Uncompromising.

Admired that.

 

Of us all, he understood most. About world. About people. About society and what's happening to it.

 

Things everyone knows in gut. Things everyone too scared to face, too polite to talk about.

 

He understood.

 

Understood man's capacity for horrors and never quit. Saw the world's black underbelly and never surrendered. Once a man has seen, he can never turn his back on it. Never pretend it doesn't exist.

 

No matter who orders him to look the other way.

We do not do this because it is permitted. We do it because we have to.

We do it because we are compelled.

 

¤

 

 

Stood in firelight, sweltering. Bloodstain on chest like map of violent continent.

Fely cleansed. Felt dark planet turn under my feet and knew what cats know that makes them scream like babies in night.

 

Looked at sky through smoke heavy with human fat and god was not there. The cold, suffocating dark goes on forever, and we are alone.

 

Live our lives, lacking anything better to do. Devise reason later.

Born from oblivion, bear children, hell-bound as ourselves; go into oblivion.

There is nothing else.

 

Existence is random. Has no pattern save what we imagine after staring at it for too long.

No meaning save what we choose to impose.

 

This rudderless world is not shaped by vague metaphysical forces. It is not God who kills the children. Not Fate that butchers them or Destiny that feeds them to the dogs.

It's us.

Only us.

 

Streets stank of fire. The void breathed hard on my heart, turning its illusions to ice, shattering them.

Was reborn then, free to scrawl own design on this morally blank world.

Was Rorschach.

 

¤

 

 

Is everyone but me going mad?Over 40th Street, an elephant was drifting.

Beyond that, unseen, spy satellites. If they so much as narrow their glass eyes, we shall all be dead.

 

This rentless world: there is only one sane response to it.

The alleyway was cold and deserted.

 

My things were where I'd left them.

Waiting for me.

 

Putting them on, I abandoned my disguise and became myself, free from fear or weakness or lust.

My coat, my shoes, my spotless gloves.

 

My face.

 

Had three hours before calling on Moloch.

Away down allez, heard woman scream, first bubbling note of city's evening chorus.

 

Approached disturbance. An attempted rape/mugging/both.

Cleared throat. The man turned and there was something rewarding in his eyes.

Sometimes, the night is generous to me.

 

¤

 

 

Blood from the shoulder of Pallas

 

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by Dan Dreiberg

 

[…] Nowadays, when I observe some specimen of Carine noctua, I try to look past the fine grey down on the toes, to see beyond the white spots arranged in neat lines, like a firework display across its brow. Instead, I try to see the bird whose image the Greeks carved into their coins, sitting patiently at the ear of the Goddess Pallas Athene, silently sharing her immortal wisdom.

Perhaps, instead of measuring the feathered tufts surmounting its ears, we should speculate on what those ears may have heard. Perhaps when considering the manner in which it grips its branch, with two toes in front and the reversible outer toe clutching from behind, we should allow ourselves to pause for a moment, and acknowledge that these same claws must once have drawn blood from the shoulder of Pallas.

 

¤

 

Et comme promis, voici un autre bijou en français. pendez le à vos oreilles mes amis.

 

 

Swamp Thing

 

 

 

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Ne bouge pas mon petit lys de charnier. Ne tremble pas. Ton oncle a une histoire à raconter, une blague, une histoire du soir...

 

L'histoire de comment c'était quand j'étais mort.

 

« Mon oeil a explosé et le phosphore s'est déversé en hurlant dans mes artères. J'ai entendu des millers de harpes frappées par un accord assourdissant...

Il y a des manières plus agréables de lâcher prise sur la gorge de la vie.

 

C'est mon échec qui m'a flétri. En comparaison, l'étreinte de la foudre n'était rien. En tentant d'atteindre une autre chair pour héberger mon intellect, j'ai été dupé!

Dupé par un pion, un chiffre, une chose aussi insignifiante que le plus méprisable scarabée...cet insecte, ce grain sans valeur, avait par sa mort déplacé Arcane l'immortel...me condamnant aux latitudes vespérales...aux terres des toiles d'araignées...aux régions sinistres des hommes désincarnés.

 

Ils étaient si nombreux, pris dans les brumes de l'au-delà, leurs âmes trop blindées pour s'élever vers la lumière.

Des empoisonneurs, des traîtres, des tyrans et des bourreaux...leur infamie était massive. Son pouvoir de gravité, un courant psychique de glace qui tiraillait mon esprit...

Mais je parvins à me libérer des doigts exsangues, sans os ni muscles...à me libérer de ce crépuscule malin, noir comme de la poix...à rebrousser chemin vers les hémisphères décolorés...vers ma glaise abandonnée comme un serpent retourne à sa dernière mue.

Elle gisait dans la poussière. Si petite...si diminuée...

 

Cette chose qui fixait le néant de ses orbites stupides, du fil de fer fondu traînant comme une langue de chair morte...

 

Je ne pouvais porter ce déguisement.

 

Mais j'étais de retour dans le monde, le monde qui s'étendait autour de moi telle une vaste penderie, pleine de cadavres à demi-éveillés.

 

J'irais vêtir mon esprit ailleurs...

 

...des oripeaux que je trouverais. »

 

 

Extrait de Swam Thing Volume II: « Amour et Mort »

écrit par Alan Moore

traduit par Anne Capuron et Jean-Paul Jennequin.

06.03.2009

Valse avec Bachir²

Est-ce que vous vous souvenez de la fin de « L'Antre de la Folie »? (dis pas oui Snake, toi je connais ta réponse.)

 

Ce classique de John Carpenter se terminait sur l'idée du grand nombre qui dicte toute chose...s'il ne reste que des fous, qui pourra vous juger sain d'esprit? La folie changeait donc de terme et devenait la norme.

(Je ne sais pas si ça ressemble vraiment à un spoiler, mais même si vous le prenez comme tel, je pense que vous pouvez facilement l'oublier. N'oubliez pas de le voir par contre, ça c'est criminel ;))

 

L'idée n'est pas si éloignée de celle sous-tendue dans Valse avec Bachir qui ne surfe pas sur la vague des biopics dont les ricains sont si friands et qui choisi le documentaire, histoire de rendre éloge à nos capacités mentales...oui, on peut encore de nos jours faire un beau film de guerre sans mettre Brad Pitt, Orlando Bloom, Josh Hartnett ou Ben Affleck (mon dieu...mémorable Pearl Harbor!) dans la peau des personnages principaux.

 

En choisissant l'animation, Ari Folman a réglé définitivement la question. Je n'ai pas trop saisi, dans les bonus du DVD, la raison pour laquelle il a pris ce parti artistique...mais bon, moi j'en ai une qui me va très bien, j'y viendrai plus tard.

 

On rebrousse un peu chemin dans le bordel de ma pensée, disons que c'était la « fin de l'intro chaotique » et on repart sur de bonnes bases.

 

Je vous donne le synopsis au dos de mon DVD:

« N'ayant aucun souvenir de son expérience lors de la 1ère guerre du Liban au début des années 80, Ari Folman décide de partir à la rencontre de ses anciens camarades de guerre maintenant éparpillés dans le monde entier. Au fur et à mesure de ses rencontres, Ari plonge dans le mystère et sa mémoire commence à être parasitée par des images de plus en plus surréalistes. »

 

Valse avec Bachir présente une galerie de témoignages, tous plus subjectifs les uns que les autres et reconstitués sur la voix off des intervenants qui, par ce procédé, glissent lentement au rang de personnages...peut-être pour le grand malheur d'Ari qui cherche des réponses...des certitudes, des faits: « Est-ce que j'étais avec toi? Sur quel bateau sommes-nous partis?  ».

 

L'évidence est pourtant là dès le début, quand les chiens de l'enfer sont lâchés à la poursuite de leur assassin, au crime vieux de plus de vingt ans: il n'y a pas de faits, pas de réalité, juste un ressenti...

c'est lui qui impressionne la mémoire et ponctue fatalement chaque fin de phrases de « je ne sais plus » et chaque séquence d'hallucinations, de rêves parfois si subtils que, si l'on cherche le « vrai » du « faux » on peut facilement s'y perdre. Mais pourquoi chercher le vrai du faux, nous, étrangers à cette histoire? L'hallucination qu'a Carmi Cna'an sur le bateau du départ est bien vraie, il l'a vraiment eu et c'est suffisamment honnête pour construire le pilier de base du 7ème art: l'empathie.

 

Le problème apparaît au fur et à mesure et se résous à la fin, comme dans tout bon récit: personne ne semble se rappeler, ou ne veut évoquer, les massacres de Sabra et Chatila. Nous ne sommes évidemment pas dans le déni de ces évènements mais l'insistance d'Ari dans ses recherches débouche sur l'importance de cette quête première et du travail de mémoire essentiel.

 

Big deal, vous allez me dire. C'est vrai, on sait que c'est essentiel de savoir ces choses là, pourtant, on ne les apprend pas pour autant. Et même si on les apprenait, il y a mille façons d'absorber une information, et parmi ces mille là, je ne sais combien peuvent la détourner...(il suffit de voir combien d'Américains pensent avoir gagné la guerre du Vietnam...)

On sait que c'est essentiel mais ce film « documentaire » se penche pourtant plus sur l'intimité de personnage face à l'Histoire qu'à l'Histoire elle-même...ce qui ne me dérange aucunement d'ailleurs parce que l'Histoire ne s'écrit pas toute seule...mais la résolution du problème s'approche et s'éloigne sans cesse, parfois vêtue de mots, d'autres fois lourde de silence...jusqu'à ce que soit rompue toute attente et toute fiction. Le contrat signé dès l'ouverture dans l'écume de ces chiens chimériques se déchire brutalement et avec lui s'effondrent la beauté, le confort des images, du mouvement et de mille musiques pour nous confronter à des images vierges de tout récit.

 

Ce n'est plus un témoignage ou une hallucination. Ce sont des images filmées, caméra épaule tenant la pose devant des corps inertes, assombris sous la poussière des débris, démembrés sous les effondrements, sanguinolents, massacrés...

 

Quoiqu'en dise Ari, l'animation de tout le film est un écrin qui révèle la puissance de ces images finales, lesquelles n'ont ainsi nullement besoin d'emphase et nous frappent de plein fouet avec le « grain de réel » de Bonitzer si évident sur des images d'archives...je m'en rappelais encore il y a quelque jours, alors que j'attendais le DVD...j'avais fondu en larmes dans la salle de cinéma et mes copines ne savaient plus quoi faire...

 

 

 

Les bonus du DVD sont peu nombreux et très courts (c'est pas grave cela dit, personnellement je les regarde jamais! Mais j'me suis dit que pour une fois j'pouvais faire un effort) et Mr Joseph Bahout, sommité en matière de science politique libanaise, conclut son entretien sur le sujet de l'amnésie collective. Il affirme que, au Liban, ce n'est pas une page qu'on aime à relire...pour toute sorte de raisons dont certaines n'ont rien à voir avec une culpabilité quelconque...

 

L'avantage de ces films là, c'est qu'ils tombent toujours au bon moment...

Son intérêt ne relève pas seulement de son sujet mais aussi de sa capacité à lier les concepts Vertov-Eisenstein sur le "faux" débat de la fiction et du documentaire.

Enfin, Valse avec Bachir est important, je pense que vous l'aurez compris...il ne faudrait pas que la norme devienne l'ignorance ou l'obscurantisme...qui, alors, pourrait nous juger sain d'esprit?

 

(faut couper la musique sur la note précédente avant de mater la BA.)

 

04.03.2009

Valse avec Bachir

 

Un peu avant mon ami George (qui humainement a la classe...moi je préférerai avoir sa classe que la mienne...) je me suis légitimement demandé ce que www.chezlesfilles.com venait faire sur les "pointsdesuspensions"...c'est vrai...les filles n'ont-elles pas toujours plein de choses à dire? ne sont-elles pas beaucoup plus ferventes du point d'exclamation et du cœur sur les "i" que de la pensée errante entre les trois petits points?

 

La curiosité m'a donc gagné après les funestes minutes qui me renvoyèrent à ma condition et j'ai écrit un mail à Suzanne.

 

J'étais loin de me douter qu'elle allait m'offrir quelque chose...et si j'avais du le prévoir, ou imaginer que ce serait un film, j'aurai pensé à Sex in the City (ou Sex and the City, j'arrive pas à me rentrer dans le crâne lequel est le bon...mais j'm'en veux pas du tout) et j'aurai vomi dessus voir si ça fait beau entre les rayons irisés du DVD...

Or, c'est Valse avec Bachir que Suzanne offre gracieusement aux bloggeurs et bloggeuses par le biais de chezlesfilles.com...

 

Incroyable, agréable révélation. J'espère que ça répond à la question de George: que font "les filles" ici? Bah...elles m'offrent un super film!

 

J'en étais la première surprise...ça c'est clair, moi qui passe mon temps à casser du sucre sur le dos des gonzesses voilà qu'elles m'achètent! lol

Je suis faible sous un bon film...tellement faible...je réunie donc mes bons souvenirs de ce petit bijou, découvert lors du printemps du cinéma (...ou fête du cinéma...) l'an dernier.

 

Valse avec Bachir est un documentaire autobiographique d'animation qui met en scène Ari Folman, le réalisateur, israélien à la recherche de ses souvenirs de guerre...et plus précisément de ceux qu'il a occulté face aux massacres de Sabra et Chatila dont il a été témoin.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Sabra_et_Chatila

 

Je voulais parler du film avant de le remater...mais je me heurte moi aussi à de nombreux oublis...dus à ma mémoire défaillante et non à un blackout de mon subconscient...

 

Peu de choses me reviennent à présent malheureusement...sinon un sentiment global de honte causé par mon ignorance sur cette guerre et ses acteurs, une beauté de l'animation et du traitement...cela dit, j'aimais les films de guerre avant Valse avec Bachir et... que ce soit un soldat dansant – au sens propre- sous une pluie de balles, Elias levant les bras au ciel sur « l'Adagio for Strings » ou Willard remontant un fleuve immense jusqu'"Au Cœur des Ténèbres"...je trouve toujours ces films magnifiques...

 

Malheureusement, je ne suis toujours pas dotée du talent de mon compadre George qui détient le squelette d'un film en un seul « visionnage » et peut le briser, puis le recomposer instantanément.

Il m'en faut beaucoup pour moi, toutefois j'arrive depuis quelque temps à extraire le cœur du film, de mon film, dans ceux que je regarde et même si je ne comprends pas d'un coup comment il marche, je sais qu'il va me dire telle ou telle chose.

Etrangement...ou plutôt ironiquement, je crois que Valse avec Bachir me disait de me souvenir de lui...puisque ces souvenirs historiques ne devaient plus jamais se perdre...malheureusement, il faut bien le reconnaître, je n'ai jamais entendu de parler de cette guerre à l'école et ne crois pas non plus connaître beaucoup d'autres films qui l'abordent.

 

Comme Ari, je n'ai plus que quelques images dans ma pauv'tête déglinguée...faut peut-être que j'arrête de mater autant de films, même les meilleurs survivent mal sous les couches des autres qui s'accumulent et s'accumulent et s'accumulent...

 

En attendant une note digne de ce nom, avec mes neurones et mes synapses tournant à fond les ballons (si c'est encore possible!), je vous invite...non, je vous oblige à aller lire cette note absolument géniale de mon « brother in arm » George...ou Snake...ou Kovacs...ou « Alias-whatever-you-please » ;)

http://www.myowndeathnote.blogspot.com/

Lui, on sait ce qu'on lui offrira quand ça sortira en DVD!! ;p