29.04.2009

Videodrome

Videodrome remaké: nouvelle victime d'une pandémie qui atrophie de plus en plus de cerveaux.

Si j'étais médecin, j'amputerai Hollywood de tous ses membres.

 

Indépendamment de vous prescrire l'original comme anti-inflammatoire, je peux vous donner ceci à lire: un article wikipédia sur Herbert Marshall McLuhan qui inspira fortement la création du professeur O'Blivion dans Videodrome de David Cronenberg.

 

Théorie de la communication

L'idée maîtresse que l'on retrouve à travers les ouvrages de McLuhan tient en une seule phrase : «le média c'est le message». Ce n'est pas le contenu qui affecte la société, mais le canal de transmission lui-même. Un exemple simple permet de mieux saisir cette affirmation : l'imprimé est un média, car il permet de transmettre une information depuis un émetteur vers un récepteur. En tant que média, il est plus rapide que la parole transmise de bouche à oreille, par exemple. Mais plus que le gain de temps, c'est la plus grande distance parcourue par cet imprimé dans un laps de temps constant qui importe. Considérons une cité donnant des ordres à ses garnisons via l'imprimé, l'association de celui-ci avec la roue et la route permet de contrôler une région notablement plus vaste. Ce média a un rôle profondément centralisateur : il induit automatiquement une société structurée autour d'un centre donneur d'ordres.

McLuhan situe le message non pas dans le seul sens exprimé par l'émetteur, mais dans la combinaison unique de l'effet message / média (pragmatique de la communication). Ainsi, l'expérience vécue du media utilisé (téléphone, Internet, etc.) est remise en premier plan, subordonnant le message au média, et inversant ainsi la traditionnelle opposition fond / forme.

En énonçant que le média, c'est le message, il énonce entre autres que le fond (l'important) c'est la forme prise par le média (l'effet de la technologie), ainsi que sa combinaison avec son message. Selon lui, les exemples se multiplieront naturellement à l'âge électronique : ces structures se révèleront d'elles-mêmes, permettant de les discerner plus aisément. Par exemple, une conversation identique transmise de personne à personne, par le téléphone ou par le biais du clavardage est vécue différemment selon son mode de transmission.

En outre, le medium utilisé influence considérablement nos sens et, par là même, notre cerveau; à tel point que le contenu même du message peut s'en trouver grandement affecté. Imaginons par exemple qu'en ouvrant un album de famille on y découvre une photographie représentant une jeune fille avec une fleur à la bouche. Jolie photo. Imaginons maintenant la même photo tirée en grand format et exposée dans une célèbre galerie d'art contemporain. Dans le premier cas, on dit: cette photo est sympathique, mignonne,etc. Dans le second cas, on dit: « Vraiment sublime, cette image ! Quel grand photographe! » L'« habillage », c'est-à-dire la galerie et même la signature de l'artiste, nous a grandement influencés par rapport au contenu: une simple jeune fille avec une fleur. Idem pour le goût : une étiquette de Château-Margaux ou celle d'un vin quelconque, collée sur la même bouteille, n'aura pas la même influence sur la dégustation...On "boit l'étiquette"; Le cerveau travaille à notre insu!

Par ailleurs, McLuhan classe les médias en deux grandes catégories. D'un côté, les médias « chauds », qui ne demandent la participation que d'un seul de nos sens. L'information reçue par ce sens étant d'entrée de jeu très riche, la participation du cerveau est faible. De l'autre côté, les médias « froids » qui s'adressent à plusieurs sens et sont plutôt pauvres. Ils demandent de la part du récepteur une participation très importante pour compenser cette pauvreté. Ainsi, à cause de la très grande différence de qualité des images, le cinéma est « chaud », alors que la télévision est « froide ».

 

Citations

« Seuls les plus petits secrets ont besoin d'être protégés. Les plus gros sont gardés par l'incrédulité publique. »

« Le spécialiste, en effet, est un personnage qui ne fait jamais de petites erreurs en se dirigeant vers la grande. » (Pour comprendre les média)

« La lumière est de l’information sans "contenu" ». (Pour comprendre les média)

« L’imprimé a rendu possible l’unité politique par l’homogénéité pour la première fois. » (Pour comprendre les média)

« La vitesse de l’électricité crée des centres partout ; il cesse d’exister des régions périphériques sur la planète. » (Pour comprendre les média)

« Avant que l’usage du papyrus et de l’alphabet ne provoque la construction de routes pavées et rapides, la ville fortifiée et la cité-État étaient des formes naturelles durables. […] Quand les sources d’approvisionnement en papier firent défaut, les routes devinrent désertes, comme à notre époque pendant le rationnement de l’essence. La cité-État resurgit du passé et le féodalisme submergea les républiques. » (Pour comprendre les média)

« Le nationalisme n’existait pas en Occident avant la Renaissance, alors que Gutenberg rendit possible de voir la langue maternelle en uniforme. » (Pour comprendre les média)

« Et comment réagissent des sociétés conquises et réduites en esclavage dans leur totalité ? Elles ont recours à la même stratégie que les individus infirmes dans une société de guerriers. Elles se spécialisent en se rendant indispensables à leurs maîtres. » (Pour comprendre les média)

 

site officiel (pour anglicistes): http://www.marshallmcluhan.com/

pour les non anglicistes intéressés par le sujet...et pas trop allergiques à l'accent québécois: http://archives.radio-canada.ca/arts_culture/medias/dossi...

15.04.2009

un peu de Poe...

Le Portrait Ovale

d'Edgar Allan Poe

traduit par Charles Beaudelaire

 

Le château dans lequel mon domestique s'était avisé de pénétrer de force, plutôt que de me permettre, déplorablement blessé comme je l'étais, de passer une nuit en plein air, était un de ces bâtiments, mélange de grandeur et de mélancolie, qui ont si longtemps dressé leurs fronts sourcilleux au milieu des Apennins, aussi bien dans la réalité que dans l'imagination de mistress Radeliffe. Selon toute apparence, il avait été temporairement et tout récemment abandonné.

Nous nous installâmes dans une des chambres les plus petites et les moins somptueusement meublées. Elle était située dans une tour écartée du bâtiment. Sa décoration était riche, mais antique et délabrée. Les murs étaient tendus de tapis- series et décorés de nombreux trophées héraldiques de toute forme, ainsi que d'une quantité vraiment prodigieuse de peintures modernes, pleines de stylél dans de riches cadres d'or d'un goût arabesque. Je pris un profond intérêt, - ce fut peut-être mon délire qui commençait qui en fut cause, - je pris un profond intérêt à. ces peintures qui étaient suspendues non-seulement sur les faces principales des murs, mais aussi dans une foule de recoins que la bizarre architecture du château rendait inévitables ; si bien que j'ordonnai à Pedro de fermer les lourds volets de la chambre, - puisqu'il faisait déjà nuit, -d'allumer un grand candélabre à plusieurs branches ; placé près de mon chevet, et d'ouvrir tout grands les rideaux de velours noir garnis de crépines qui entouraient le lit. Je désirais que cela. fût ainsi, pour que je pusse au moins, si je ne pouvais pas dormir, me consoler alternativement par la contemplation de ces peintures et parla lecture d'un petit volume que j'avais trouvé sur l'oreiller et qui en contenait l'appréciation et l'analyse. ..

Je lus longtemps, - longtemps; - je contemplai religieusement, dévotement; les heures s'envolèrent, rapides et glorieuses, et le profond minuit arriva. La position du candélabre me déplaisait, et, étendant la main avec difficulté pour nepas déranger mon valet assoupi, je plaçai l'objet de manière à jeter les rayons en plein sur. le livre.

Mais l'action produisit un effet absolument inattendu. Les rayons des nombreuses bougies (car il y en avait beaucoup) tombèrent alors sur une niche de la chambre que l'une des colonnes du lit avait jusque-là , couverte d'une ombre profonde.J'aperçus dans une vive lumière une peinture qui m'avaitd'abord échappé. C'était le portrait d'une jeune fille déjà mûrissante et presque femme. Je jetai sur la peinture un coup d'œil rapide, et je fermai les yeux. Pourquoi? - Je ne le compris pas bien moi-même tout d'abord. Mais pendant que mes paupières restaient closes, j'analysai rapidement la raison qui me les faisait fermer ainsi. C'était un mouvement involontaire pour gagner du temps et pour penser, - pour m'assurer que ma vue ne m'avait pas trompé, - pour calmer et préparer mon esprit à une contemplation plus froide et plus sûre. Au bout de quelques instants, je regardai de nouveau la peinture fixement

Je ne pouvais pas douter, quand même je l'aurais voulu, que je n'y visse alors très-nettement, car le premier éclair du flambeau sur cette toile avait dissipé la stupeur rêveuse dont mes sens étaient .possédés, et m'avait rappelé tout d'un coup à la vie réelle.

Le portrait, je l'ai déjà dit, était celui d'une jeune fille. C'était une simple tête, avec des épaules, le tout dans ce style, qu'on appelle en langage technique Style de vignette, beaucoup de la manière de Sully dans ses têtes de prédilection. Les bras, le sein, et même les bouts des cheveux rayonnants, se fondaient insaisissablement dans l'ombre vague mais profonde qui servait de fond à l'ensemble. Le cadre était ovale, magnifiquement doré .et guilloché dans le goût moresque. Comme oeuvre d'art, on ne pouvait rien trouver de plus admirable que la peinture elle-même.

Mais il se peut bien que ce ne fût ni l'exécution de l'œuvre, ni l'immortelle beauté de la physionomie, qui m'impressionna si soudainement et si fortement. Encore moins devais-je croire que mon imagination, sortant d'un demi-sommeil, eût pris la tête pour celle d'une personne vivante.. - Je vis tout d'abord que les détails du dessin, le style de vignette, et l'aspect du cadre auraient immédiatement dissipé un pareil charme, et m'auraient préservé de toute illusion même momentanée. Tout en faisant ces réflexions, et très- vivement, je restai, à demi étendu, à demi assis, une heure entière peut-être, les yeux rivés à ce portrait. A la longue, ayant découvert le vrai secret de son effet, je me laissai retomber sur le lit. J '.avais deviné que le charme de la peinture était une expression vitale absolument adéquate à la vie elle-même, qui d'abord m'avait fait tressaillir, et finalement m'avait confondu, subjugué, épouvanté. Avec une terreur profonde et respectueuse, je replaçai le candélabre dans sa position première. Ayant ainsi dérobé à ma vue la cause de ma profonde agitation, je cherchai vivement le volume qui contenait l'analyse des tableaux et leur histoire. Allant droit au numéro qui désignait le portrait ovale, j'y lus le vague et singulier récit qui suit :

" C'était une jeune fille d'une très-rare beauté, et qui n'était pas moins aimable que pleine de-gaieté. Et maudite fut l'heure ou elle vit, et aima, et épousa le peintre. Lui, passionné, studieux, austère, et ayant déjà trouvé une épouse dans son Art; elle, une jeune fille d'une très-rare beauté, et non moins : aimable que pleine de gaieté : rien que lumières et sourires, et la folâtrerie d'un jeune faon ; aimant et chérissant toutes choses; ne haïssant que l'Art qui était son. rival ; ne redoutant que la palette et les brosses, et les autres instruments fâcheux qui la privaient de la figure de son adoré. Ce fut une terrible chose pour cette dame que d'entendre le peintre parler du désir de peindre même sa jeune épouse. Mais elle était humble et obéissante, et elle rassit avec douceur pendant de longues semaines dans la sombre et haute chambre de la tour, où la lumière filtrait sur la pâle toile seulement par le plafond. Mais lui, le peintre, mettait sa gÎoire dans son œuvre, qui avançait d'heure en heure et de jour en jour.

- Et c'était un homme passionné, et étrange, et pensif, qui se perdait en rêveries; si bien qu'il ne voulait pas voir que la lumière qui tombait si lugubrement dans cette tour isolée desséchait la santé et les esprits de sa fernrne, qui languissait visiblement pour tout le monde,, excepté pour lui. Cependant, elle souriait toujours, et toujourssans se plaindre, parce qu'elle voyait que le peintre (qui avait un grand renom) prenait un plaisir vif et brûlant dans sa tâche, et travaillait nuit et jour pour peindre celle qui l'aimait si fort, mais qui devenait de jour en jour plus languissante et plus faible. Et, en vérité, ceux qui contemplaient le portrait parlaient à voix bassede sa ressemblance, comme d'une puissante merveille et comme d'une preuve non moins grande de la puissance du peintre que de son profond amour pour celle qu'il peignait si miraculeusement bien.

Mais, à la longue, comme la besogne approchait de sa fin, personne ne fut plus admis dans la tour; car le peintre était devenu fou par l'ardeur de son travail, et il détournait rarement ses yeux de la toile, même pour regarder la figure de sa femme. Et il ne voulait pas voir que les couleurs qu'il étalait sur la toile étaient tirées des joues de celle qui était assise près de lui.

Et quand bien des semaines furent passées et qu'il ne restait plus que peu de chose à faire, rien qu'une touche sur la bouche et un glacis sur l'œil, l'esprit de la dame palpita encore connue la flamme dans le bec d'une lampe. Et alors la touche fut donnée, et alors le glacis fut placé; et pendant un moment le peintre se tint en extase devant le travail qu'il avait travaillé; mais une minute après, comme il contemplait encore, il trembla et il devint très pâle, et il fut frappé d' effroi ; et criant d'une voix éclatante : " Envérité, c'est la Vie elle-même! " - il se retourna brusquement pour regarder sa bien-aimée : - elle était morte ! "

19.03.2009

Bye, raindog...

 

 

et mon préféré...

Toujours sur la ligne blanche