10.09.2009

Yeats

Sailing to Byzantium

by William Butler Yeats

 

That is no country for old men. The young
In one another's arms, birds in the trees
- Those dying generations - at their song,
The salmon-falls, the mackerel-crowded seas,
Fish, flesh, or fowl, commend all summer long
Whatever is begotten, born, and dies.
Caught in that sensual music all neglect
Monuments of unaging intellect.

 

An aged man is but a paltry thing,
A tattered coat upon a stick, unless
Soul clap its hands and sing, and louder sing
For every tatter in its mortal dress,
Nor is there singing school but studying
Monuments of its own magnificence;
And therefore I have sailed the seas and come
To the holy city of Byzantium.

 

O sages standing in God's holy fire
As in the gold mosaic of a wall,
Come from the holy fire, perne in a gyre,
And be the singing-masters of my soul.
Consume my heart away; sick with desire
And fastened to a dying animal
It knows not what it is; and gather me
Into the artifice of eternity.

 

Once out of nature I shall never take
My bodily form from any natural thing,
But such a form as Grecian goldsmiths make
Of hammered gold and gold enamelling
To keep a drowsy Emperor awake;
Or set upon a golden bough to sing
To lords and ladies of Byzantium
Of what is past, or passing, or to come.

 

 

09.08.2009

Fire, Walk With Me

Through the darkness of future past/
The magician longs to see/
One chance out between two worlds/
Fire, walk with me/


Il y a quelques jours seulement (pas encore une semaine au moment où j’écris) j’ai découvert le premier épisode de Twin Peaks. L’épisode 00 d’une heure et demie qui a plombé intégralement ma soirée. Comment pourrais-je vous permettre d’appréhender le désarroi qui devait m’envahir devant le simple générique de ce pilote ? Quelle puissante imagination devriez-vous déployer pour comprendre ma tristesse ?
Je ne sais…

Il suffit de peu de choses pour m’intéresser et je n’ai jamais essuyé de quelconque défaite face à un film, où un livre d’ailleurs, qui aurait suscité mon intérêt et qui, pourtant, m’aurait déplu. De fait, je ne suis jamais sortie déçue d’une séance de cinéma à laquelle j’avais choisie d’aller.

Mon attrait pour Twin Peaks remonte à longtemps, du moins au temps où cette série fût éditée en DVD et se base sur les simples images de couvertures de ses deux saisons.
Allez savoir pourquoi, malgré une relative aversion pour Lynch (contre laquelle je lutte activement), Twin Peaks m’attirait inéluctablement et je devais, un jour ou l’autre, poser mes yeux dessus.

Ce qui explique partiellement ma terrible angoisse face à ma première tentative mais aussi ma témérité. Quoiqu’il en fût de ce pilote, hors de question de m’avouer vaincue. J’avais choisie de regarder cette série et par conséquent de l’aimer, hors de question qu’elle ne se laisse pas faire.

Je décidais donc courageusement d’offrir une deuxième chance et de regarder le second épisode.

Je dois bien parler d’échec là encore mais moins désolant. Il est vrai que l’empathie se profilait déjà pour le personnage principal : Special Agent Dale Cooper FBI, véritable source d’eau fraîche au milieu des habitants de Twin Peaks tous plus tarés les uns que les autres…et insupportables pour moi.

De plus, lorsqu’on est habitué à The Shield, et c’est mon cas comme vous l’aurez aisément deviné, on a du mal à se faire à l’idée qu’une enquête criminelle ait pu durer 1h30 dans un épisode et ne soit toujours pas résolue à la fin du 2ème. Bien sûr, je ne blâme pas la série pour ça et je n’évoque que mon ressenti.

De même, lorsque les seules séries qu’on connaît datent des années 60 ou 2000, c’est dur de tomber à la frontière des années 90, si proches des années 80’s !

La musique, les images, un je-ne-sais-quoi répulsif et surtout…surtout…un aspect soap que je n’avais jamais encore expérimenté.
Ah là là là là…Dallas, Dynastie, que n’avez-vous laisser Twin Peaks en paix ?

Mais c’en était fait de moi, j’allais continuer et trouver le moyen de faire un succès de ces visionnages. Encouragée par un ami (qui, je le croyais avait adoré la série, mais en fait non et qui n’a pas tenu !) ainsi que par une délicieuse vision d’horreur d’une des protagonistes, je décidais de profiter de l’écriture agréable du personnage principal (Cooper, pour ceux qui ne suivent pas).

Dieu que j’ai bien fait !

C’est véritablement ce troisième épisode (02 donc) et surtout sa fin onirique qui caressa mon palais du goût délicieux de la victoire.

Les efforts payaient enfin et ce « quelque chose » qui m’avait attiré frappaient enfin mes pupilles.

J’ai trouvé du fantastique (et croyez-moi, quand j’étais dans le soap, je pensais lui dire adieu !) du glauque (celui qui me rend si « hors de portée » des gens qui m’aime lol) et je frissonnais à la fois de peur et de satisfaction au son terrible d’un frottement de vêtement que mon casque diffusait de façon si subtile dans mes oreilles, comme la plus précieuse et la plus dangereuse des musiques.

A partir de ce moment j’ai accéléré la cadence, me rendant à peine compte que j’étais possédée.

Le véritable problème, c’est que la raison de mon attirance à présent assumée, comblée et définitive, me paraît encore brumeuse et m’empêche de recommander Twin Peaks aux plus braves et aux plus fidèles de mes amis cinévores.

Je me prends à rebondir sur Constantine, Don’t Look Now (goddamn creepy red midget !) et même Borgès…mais je ne parviens que très faiblement à mettre le point, dans de rares épisodes, sur ce que je vois, ce que je ressens, ce qui m’enthousiasme et me dévore…

C’est assez curieux…

Quoiqu’il en soit de mes élucubrations, je suis totally hooked...à tel point que j’écris pour ne pas me jeter trop précipitamment sur les derniers épisodes qui me restent et faire durer le plaisir encore quelques nuits…

Y arriverais-je ?





J’ai des doutes…

01.07.2009

"Judas, my friend, stay with me."

Une petite note personnelle, juste comme ça.

J'ai regardé pour la première fois de ma vie "La Dernière Tentation du Christ". Vous vous douterez sûrement de la raison précise pour laquelle je tenais à le voir mais, à dire vrai, savoir que Keitel jouait Judas (et ça, je le savais depuis longtemps) suffisait en fait à me contenter...à tel point que j'aurai pu mourir sans voir ce film.

Mais ce qui est fait est fait, et je l'ai vu. Sachez-le, pour une personne comme moi, ça pose un tas de problème de regarder un film comme celui-ci...j'ai longtemps cru être "bénie" par des parents non catholiques qui, se pliant sans efforts à mes requêtes, m'exemptaient de catéchisme et de toute cérémonie obligatoire dans mon école privée.

Bien sûr, je ne regrette pas ces mercredis après-midi libres, ni ces heures hors des églises où je jouissais de mon statut si privilégié.

Pourtant, le fait est là: je n'ai aucune culture biblique...et quand je dis aucune, je veux bien dire aucune. Mon ignorance en la matière est proprement outrageante et le plus triste dans l'affaire est que je le regrette sans cesse...mais, quand on n'est pas une grande lectrice de base, les Ecritures sont franchement peu recommandables il faut bien l'admettre. A ma décharge, je précise avoir réellement essayé. En me forçant, pour un devoir, j'ai réussi à lire l'Apocalypse en entier avec grand mal.
De plus, et ça je l'admets sans regrets, j'ai préféré passer du temps à regarder des films plutôt qu'à parfaire ma culture religieuse.  

Tout ça pour dire que, lorsqu'on baigne dans une telle ignorance et qu'on est d'un naturel aussi soupçonneux et méfiant que moi, ça pose des problèmes de regarder "La Dernière Tentation du Christ"...adapté du livre de Nikos Kazantzaki...

Mais en fait, comme je n'ai pas aimé ce film, ce n'est pas vraiment de lui que j'ai envie de parler...donc, je saute direct jusqu'au coeur du sujet: Judas.

Ma première "rencontre" avec ce "personnage-concept" remonte à si loin que je ne saurai en parler, ni m'en souvenir. Je crois qu'avant même de l'entendre associé à "traître" je l'avais fait naître (par pure invention peut-être) sous ma coupe comme concept de "culpabilité"...et donc de "rédemption"...

Pourquoi ce concept me frappe-t-il autant encore et toujours? Moi qui n'ai jamais enfreint la loi, qui n'ai même jamais ressenti un quelconque besoin de heurter une personne intentionnellement...? Je ne suis pas une sainte, je mens comme je respire, toujours pour me sortir de l'embarras, je suis une trouillarde de première, je suis bête comme mes pieds...mais comment se peut-il que de pathétiques défauts comme ceux-ci me fassent tant souffrir d'un besoin de rédemption?
Pourquoi, lorsque j'ai vu White offrir sa vie pour un flic puis l'achever par balle dans une étreinte impossible, j'ai suffoqué si fort sous le bruit de l'impact?

Je ne sais pas ce qu'il en est de ces raisons cachées quelque part, mais, en mon for intérieur, j'ai une affection pour les coupables...ceux qui se savent coupables...et Keitel n'a cessé de leur prêter ses traits et de s'en faire le sublime avatar.

Judas se retrouve donc coupable de délation...

Or, la deuxième rencontre "directe" par laquelle j'appris à mieux le connaître et à mieux l'aimer fût le fruit "littéraire" de Jorge Luis Borgès. Sous la plume d'un auteur imaginaire, Nils Runeberg, Borgès imagina "3 versions de Judas". Trois interprétations du personnage qui en firent, à chaque tentative, le portrait même de la sagesse et de l'humilité. Trois Judas, coupables d'amour et de fidélité envers le Christ et les Hommes.
J'ai pleuré quand j'ai lu tant de beauté en si peu de pages. Je ne saurai toujours pas mettre un doigt sur le noeud de mon problème mais, dans un ouvrage entièrement riche, complexe et lumineux, c'est cette nouvelle-ci qui m'a frappée.

Dire que je ne sais rien de ce personnage, de sa "création", de ses premières apparitions, ni même de son pêché...à tel point qu'il est d'abord un grand homme pour moi, plus admirable que Jésus lui-même à mes yeux...sans savoir pourquoi on le condamne, pourquoi son nom est une insulte, je sais pourquoi il est grandiose et si méritant de mon respect.

Puis vint le Judas de Scorsese-Kazantzaki...là, je suis bien obligée de parler un peu du film que je n'ai pas du tout aimé. Engoncé dans des plans statiques, peureux, qui semblent dire "Voyez comme on est prudent et qu'on évite à tout prix le sacrilège ou le blasphème" alors même qu'il est déjà commis dans la "re-présentation" et dans "l'usurpation" de ces noms et de cette histoire par des corps étrangers, le film s'immobilise dans sa propre contemplation, n'assume pas du tout son côté filmique pour nous "raconter" une histoire et se contente d'emphaser (à grands renforts de ralentis et de musique...juste...intenables, y en a trop!!!!) chaque instant d'une histoire qu'on connait déjà...sauf moi bien entendu, vu que je suis une grosse inculte. Pourtant, on n'est obligé de s'étonner de la chose quand on sait que le livre de Kazantzaki a été interdit par le Vatican...pourquoi le film est-il donc si mal à l'aise? Qu'il le soit au début, quand Jésus est faible et en proie au doute, d'accord...mais sur 2h43 ça finit très vite par peser et les tâtons épuisent finalement bien plus qu'une course franche à travers la "libre intérprétation" si "blasphématoire"...qui, à moi au demeurant, ne me pose aucun problème.

 

Bien sûr, on est loin de la mobilité, de la nervosité d'un "Who's that Knocking at My Door?" ou d'un "Mean Streets" qui soufflaient un vent de jeunesse et de frâicheur dans les rues de New York.
Pour un sujet qui lui tient tant à coeur, Scorsese m'est apparu très frileux...à tel point que je me questionne encore finalement sur l'intérêt d'un tel film.

Dafoe, que j'aime pourtant de mon amour véritable (véritablement cinéphagique) est lui aussi terriblement froid, si froid que mon empathie pour lui s'est très vite altérée, et "Dieu" sait que j'avais envie d'y croire...

 

Vraiment, je comprends mieux la réflexion judicieuse de Scorsese suite au chef d'oeuvre d'Abel Ferrara: "Bad Lieutenant est un film clé. J'aurai voulu que La Dernière Tentation du Christ ressemble à ce film."

Moi aussi Marty...


Reste donc Keitel...Judas. Le seul à sourire une fois dans un plan illustrant encore son humilité, si assumée qu'elle dégage une chaleur irréelle dans ce film glacé de l'intérieur, à la fois couard et prétentieux!

Judas donc...qui doute, qui sourit, qui s'énerve, qui pleure...le seul personnage que Keitel fait véritablement vivre, le seul personnage qui devient propriété de l'acteur et qui, là encore, n'est pas écrit comme un traître mais comme le plus fidèle des apôtres, qui répond avec grand-peine à sa demande de le donner aux Romains pour accomplir la Prophétie, celui-là même qui remet Jésus sur le chemin de Dieu après "sa dernière tentation". 

Est-ce un hasard que seul ce personnage semble se dégager de ce film? Est-ce que ça ne l'a fait qu'à moi? Ai-je rêvé les défauts de ce film pour ne voir que Judas?
Encore une fois, je repense à Borgès et à son "Deutsches Requiem" dans lequel un SS meurt sans regret et discourt sur le bienfait de ses actes et de celui de la guerre qui à crevé l'abcès de l'Allemagne et lui apprendrait à renaître plus forte...qui a aussi allié des pays et déclenché un ordre cosmique de conséquences finalement inhérent à tout acte, bon ou mauvais.

Sans aller jusqu'à faire "le mal" sciemment et sans autre motivation, la beauté de la chose réside dans l'élargissement de la vision, que ne peut posséder que celui qui s'arrête, à un moment, de regarder le coupable et d'estimer le poids nécessaire de sa condamnation.