03.10.2009

H.P

‘‘Je suis un homme seul, pas un héros, seul mais capable d’apporter une réponse personnelle aux évènements.’’

Un homme seul, dessiné à l’encre de Chine, entouré de mystères et de dangers insondables – et puis cette réponse personnelle, à quels événements répond-elle ? Mystère…

‘‘C’est dans les ténèbres que j’y vois le plus clair’’ semble dire Corto en fumant ses longs et fins cigares de Manille.

Il y a dans ces arrière-cours et ces ruelles étroites plus de signes de la Kabbale que dans Les Manuscrits de la mer Morte, dans la brume qui monte sur la lagune, un effet d’optique qui découpe les personnages en clair-obscur (il est plus facile d’être mystérieux quand on est né à Venise qu’à Saint-Étienne).

Des personnages déplacés, aristocrates déchus, pirates au long cours, cherchant l’Eldorado ou la ¨pierre philosophale – noir profond, lumière crue.

Sais-tu au moins ce que tu cherches Gringo ?

As-tu trouvé ce que tu cherches ?

Un soleil ivre de rage, des femmes dangereuses, énigmatiques, obsédantes et fatales.

C’est définitivement et profondément romantique – surtout que ça n’a pas l’air d’y toucher.

J’adore Pratt en noir et blanc. Il a certainement quelque chose à voir avec Orson Welles. Cette ‘‘Dame de Shanghai’’ se trouve aussi dans les planches d’Hugo. Rien ne sert de mourir – il faut savoir disparaître. Dans ce domaine, c’est le roi de l’embrouille. Tous les personnages savent tout, le lecteur, lui, jamais rien – il imagine.

Certains se sont perdus dans le fond des lagunes, d’autres sont devenus gentilshommes de fortune ou d’infortune.

Bernard Lavilliers

Présentation de Sandokan de Mino Milani et Hugo Pratt, paru chez Casterman

10.09.2009

Yeats

Sailing to Byzantium

by William Butler Yeats

 

That is no country for old men. The young
In one another's arms, birds in the trees
- Those dying generations - at their song,
The salmon-falls, the mackerel-crowded seas,
Fish, flesh, or fowl, commend all summer long
Whatever is begotten, born, and dies.
Caught in that sensual music all neglect
Monuments of unaging intellect.

 

An aged man is but a paltry thing,
A tattered coat upon a stick, unless
Soul clap its hands and sing, and louder sing
For every tatter in its mortal dress,
Nor is there singing school but studying
Monuments of its own magnificence;
And therefore I have sailed the seas and come
To the holy city of Byzantium.

 

O sages standing in God's holy fire
As in the gold mosaic of a wall,
Come from the holy fire, perne in a gyre,
And be the singing-masters of my soul.
Consume my heart away; sick with desire
And fastened to a dying animal
It knows not what it is; and gather me
Into the artifice of eternity.

 

Once out of nature I shall never take
My bodily form from any natural thing,
But such a form as Grecian goldsmiths make
Of hammered gold and gold enamelling
To keep a drowsy Emperor awake;
Or set upon a golden bough to sing
To lords and ladies of Byzantium
Of what is past, or passing, or to come.

 

 

09.08.2009

Fire, Walk With Me

Through the darkness of future past/
The magician longs to see/
One chance out between two worlds/
Fire, walk with me/


Il y a quelques jours seulement (pas encore une semaine au moment où j’écris) j’ai découvert le premier épisode de Twin Peaks. L’épisode 00 d’une heure et demie qui a plombé intégralement ma soirée. Comment pourrais-je vous permettre d’appréhender le désarroi qui devait m’envahir devant le simple générique de ce pilote ? Quelle puissante imagination devriez-vous déployer pour comprendre ma tristesse ?
Je ne sais…

Il suffit de peu de choses pour m’intéresser et je n’ai jamais essuyé de quelconque défaite face à un film, où un livre d’ailleurs, qui aurait suscité mon intérêt et qui, pourtant, m’aurait déplu. De fait, je ne suis jamais sortie déçue d’une séance de cinéma à laquelle j’avais choisie d’aller.

Mon attrait pour Twin Peaks remonte à longtemps, du moins au temps où cette série fût éditée en DVD et se base sur les simples images de couvertures de ses deux saisons.
Allez savoir pourquoi, malgré une relative aversion pour Lynch (contre laquelle je lutte activement), Twin Peaks m’attirait inéluctablement et je devais, un jour ou l’autre, poser mes yeux dessus.

Ce qui explique partiellement ma terrible angoisse face à ma première tentative mais aussi ma témérité. Quoiqu’il en fût de ce pilote, hors de question de m’avouer vaincue. J’avais choisie de regarder cette série et par conséquent de l’aimer, hors de question qu’elle ne se laisse pas faire.

Je décidais donc courageusement d’offrir une deuxième chance et de regarder le second épisode.

Je dois bien parler d’échec là encore mais moins désolant. Il est vrai que l’empathie se profilait déjà pour le personnage principal : Special Agent Dale Cooper FBI, véritable source d’eau fraîche au milieu des habitants de Twin Peaks tous plus tarés les uns que les autres…et insupportables pour moi.

De plus, lorsqu’on est habitué à The Shield, et c’est mon cas comme vous l’aurez aisément deviné, on a du mal à se faire à l’idée qu’une enquête criminelle ait pu durer 1h30 dans un épisode et ne soit toujours pas résolue à la fin du 2ème. Bien sûr, je ne blâme pas la série pour ça et je n’évoque que mon ressenti.

De même, lorsque les seules séries qu’on connaît datent des années 60 ou 2000, c’est dur de tomber à la frontière des années 90, si proches des années 80’s !

La musique, les images, un je-ne-sais-quoi répulsif et surtout…surtout…un aspect soap que je n’avais jamais encore expérimenté.
Ah là là là là…Dallas, Dynastie, que n’avez-vous laisser Twin Peaks en paix ?

Mais c’en était fait de moi, j’allais continuer et trouver le moyen de faire un succès de ces visionnages. Encouragée par un ami (qui, je le croyais avait adoré la série, mais en fait non et qui n’a pas tenu !) ainsi que par une délicieuse vision d’horreur d’une des protagonistes, je décidais de profiter de l’écriture agréable du personnage principal (Cooper, pour ceux qui ne suivent pas).

Dieu que j’ai bien fait !

C’est véritablement ce troisième épisode (02 donc) et surtout sa fin onirique qui caressa mon palais du goût délicieux de la victoire.

Les efforts payaient enfin et ce « quelque chose » qui m’avait attiré frappaient enfin mes pupilles.

J’ai trouvé du fantastique (et croyez-moi, quand j’étais dans le soap, je pensais lui dire adieu !) du glauque (celui qui me rend si « hors de portée » des gens qui m’aime lol) et je frissonnais à la fois de peur et de satisfaction au son terrible d’un frottement de vêtement que mon casque diffusait de façon si subtile dans mes oreilles, comme la plus précieuse et la plus dangereuse des musiques.

A partir de ce moment j’ai accéléré la cadence, me rendant à peine compte que j’étais possédée.

Le véritable problème, c’est que la raison de mon attirance à présent assumée, comblée et définitive, me paraît encore brumeuse et m’empêche de recommander Twin Peaks aux plus braves et aux plus fidèles de mes amis cinévores.

Je me prends à rebondir sur Constantine, Don’t Look Now (goddamn creepy red midget !) et même Borgès…mais je ne parviens que très faiblement à mettre le point, dans de rares épisodes, sur ce que je vois, ce que je ressens, ce qui m’enthousiasme et me dévore…

C’est assez curieux…

Quoiqu’il en soit de mes élucubrations, je suis totally hooked...à tel point que j’écris pour ne pas me jeter trop précipitamment sur les derniers épisodes qui me restent et faire durer le plaisir encore quelques nuits…

Y arriverais-je ?





J’ai des doutes…