28.05.2009

John and Alan

D'abord, une p'tite promo. Mon frérot a un blog. Here it is: http://johnvsjohn.over-blog.com/

des liens sympas sur des sujets artsy, go keep him company.

 

Quant à moi, je m'efface pour vous laisser avec Alan Moore.

 

Les saints de novembre

 

1064 après J.-C.

 

Avec l'âge, le moment du réveil est devenu un grand trouble. Je ne sais plus en quelle décennies de cette existence s'ouvriront mes yeux: boiteuse et brûlée d'engelures près du vieux portail de l'église, ou ici, dans ma cellule du couvent, avec au mur le premier bleuissement morbide du matin; le bleu des défunts.

 

Ma banquette est si dure que je sens les os qui sont à l'intérieur de moi, agités, impatients de sortir. Plus pour longtemps, se disent-ils. Elle est vieille. Plus pour longtemps. Sous la rêche couverture crépusculaire, un froid lancine la moelle affamée de ma mauvaise jambe, et je sais que nous sommes en novembre. La nuit dernière, en cette veille de la Toussaint, j'ai rêvé que j'étais un homme.

 

Aveuglé par la pluie, il chevauchait dans la nuit farouche sur un cheval de fièvre en venant par ici, vers Northampton, que j'appelais Ham Town dans mon rêve, je ne sais pourquoi. Le crachin me piquait la figure et des courants d'air glacé de bousculaient dans mes oreilles, et en chevauchant, il me semblait que j'avais toutes les terreurs de novembre à mes trousses, des mâchoires féroces qui claquaient près des paturons écumants de mon cheval, si bien que j'en pleurais de peur, et que, quand je me suis éveillée, je n'ai pas su tout d'abord en quelle année j'étais et j'ai placé la main sur le cuir de mon sexe, par peur de trouver à sa place l'instrument de cet homme, mea culpa, mea culpa, Sainte Vierge, pardonnez-moi.

 

Avec des craquements dans la poitrine, je me lève de ma couche, rejetant le drap rance, pour enfiler en un seul mouvement grelottant mon habit de bure, ses plis rêches, gris contre le gris de l'aube. J'achève de m'habiller dans la pénombre et je claudique au long des passages en pierre humide vers les matines, où j'en rends grâce à Dieu d'être même capable de claudiquer, et je m'attache à la Passion de Notre Seigneur. Je médite les mystères, j'égrène le chapelet et j'énonce les noms.

 

Quand on prend en compte mon pied paralysé, on m'assigne une tâche où je n'aurai pas loin à marcher, comme lorsque je m'occupe des jardins, ici, à Abingdon. Mes poings osseux tirent entre les mauvaises herbes, et souvent mes pensées se tournent vers Ivalde, maintenant, à l'époque où il entretenait les tombes et les jardins de la vielle église et où j'étais couchée contre le montant du portail, pour mendier. Parfois il discutait avec moi, des paroles d'idiot qui n'avaient plus aucun sens depuis qu'un cheval attelé lui avait décoché une ruade dans le crâne, quand il n'était qu'un gamin. Je me rappelle encore ses pâles yeux verts, ses cheveux roux de Normand. Il n'avait pas plus de seize hivers, et pas en lui une once de méchanceté.

 

« Alfgiva, me disait-il, un jour je prendrai la route et j'irai en pèlerinage à Rome, tout en l'honneur du Drotinum. Qu'est-ce que tu en penses? » Drotinum était un mot par lequel il entendait Saint Pierre, béni soit son nom. Le mot signifie « Seigneur ». Et il parlait, parlait de Rome et de tous les endroits où il irait, et j'étais couchée contre le pilier du portail, avec ses pierres nues qui s'enfonçaient dans mon dos et, que le Seigneur me pardonne, je le haïssais.

 

 

 

En boitant vers Jérusalem

 

1100 après J.-C.

 

 

Dur comme un acier neuf, le soleil tranche dans un lard de nuages, bien que l'effort semble épuiser sa lumière. Je suis vieux, mais ce monde incessant, épuisant, est toujours là. Échauffées par la selle, mes hémorroïdes me tourmentent; voilà pourquoi la bile me rend d'humeur cholérique en ce matin d'averses, et j'ai par deux fois gifler mon écuyer. Alors que nous descendons la rue des Juifs dans la puanteur et les clameurs de la foire aux chevaux, il se laisse distancer et chevauche derrière moi, pour ne pas que je voie le poison dans son regard.

 

En avant, mes chiens courent parmi les négociants de la foire et leurs haridelles dévorées par les mouches. De leurs mâchoires roses, humides et plissées comme des connins, ici et là, ils happent et mordent par jeu une cheville ou un paturon. La foule recule pour me céder le passage, toute cette engeance de Saxonie aux crânes carrés, bave au menton, même si leur filles sont souvent belles. Le sabot de mon destrier choque bruyamment la terre battue dans le silence tombé maintenant sur la foire, comme le chuchotis des jupe d'une accorte femme fait taire une salle d'auberge. Tandis que je passe, les voilà qui portent maintenant devant moi la à leurs fronts couverts de croûtes, et qui lèvent des yeux inquiets. Si je n'étais pas estropié et vieux, je coucherais sous leurs yeux tant avec leurs femmes qu'avec leurs filles, avant de leur trancher la tête...

 

Il ne faut pas que je pense à des têtes.

 

Mon écuyer et moi poursuivons notre chemin. La foule se retricote dans notre sillage, et reprend ses bavardages et ses marchandages, notre passage en son sein semblable à une blessure déjà guérie. Devant moi, sur ma gauche, l'église en ruine dresse avec lourdeur l'or sale de ses murs en grès, dédiée à saint Pierre par l'intercession duquel on a trouvé ici les reliques de saint Ragener, du moins l'histoire le dit-elle. Une bonne sœur d'Abingdon, une demi-folle morte depuis au moins vingt ans, a parlé d'un ange ou d'un saint oiseau à l'intérieur de l'église qui a guéri ses jambes estropiées.

 

Tant mieux pour elle, mais moi qui suis boiteux et perclus de douleur, je sais que sa vision n'était que ces délires qui prennent les femmes quand cessent leur saignées mensuelles. Depuis la Croisade, je suis fâché avec Dieu. Un rayon tombe maintenant du Ciel pour frapper l'église, si bien que ses fenêtres béantes semblent s'emplir de lumière, mais je sais que c'est une clarté trompeuse, bientôt perdue dans la bourrasque.

 

La pluie de cette île: l'intérieur de ma cotte est déjà trempé après l'averse subie au cours de la chasse, tôt ce matin. L'humidité de la région a fait fleurir sur ma joue une eschare qui n'y a pas toujours été, mais mes lamentations maquent d'énergie et de conviction. Y a-t-il jamais eu là-bas, dans ces Saints déserts, un matin où je ne me suis pas éveillé pour trouver mon ventre noir de mouches, la sueur tirée de moi comme par bouillon, pour former une flaque entre mes mamelles, et où je n'ai pas imploré de connaître de nouveau cette lumière maladive du Nord, ce crachin dans mes yeux? Le soleil ici ne nous jette que des miettes, ayant déjà prodigué ses largesses aux lointains Païens, dressés parmi leurs collines de sable.

 

 

Alan Moore, La Voix du Feu, traduit de l’anglais par Patrick Marcel, 329 p., Calmann-Lévy

20.05.2009

Scènes d'Anthologie part 04

allez, deux petites pour le vieux sensei.

 

Yojimbo:

 

 

Sword of Doom

 

 

16.05.2009

Scènes d'Anthologie part 03

part 01 et 02 ici: http://myowndeathnote.blogspot.com/2009/05/scene-dantholo...

http://myowndeathnote.blogspot.com/2009/05/scenes-danthol...

 

 

 

bon j'aurai préféré vous mettre la scène du pont mais je la trouve pas :( ...

 

 

autre genre, mais culte aussi...

 

 

 

 

Toutes les notes