06.03.2009
Valse avec Bachir²
Est-ce que vous vous souvenez de la fin de « L'Antre de la Folie »? (dis pas oui Snake, toi je connais ta réponse.)
Ce classique de John Carpenter se terminait sur l'idée du grand nombre qui dicte toute chose...s'il ne reste que des fous, qui pourra vous juger sain d'esprit? La folie changeait donc de terme et devenait la norme.
(Je ne sais pas si ça ressemble vraiment à un spoiler, mais même si vous le prenez comme tel, je pense que vous pouvez facilement l'oublier. N'oubliez pas de le voir par contre, ça c'est criminel ;))
L'idée n'est pas si éloignée de celle sous-tendue dans Valse avec Bachir qui ne surfe pas sur la vague des biopics dont les ricains sont si friands et qui choisi le documentaire, histoire de rendre éloge à nos capacités mentales...oui, on peut encore de nos jours faire un beau film de guerre sans mettre Brad Pitt, Orlando Bloom, Josh Hartnett ou Ben Affleck (mon dieu...mémorable Pearl Harbor!) dans la peau des personnages principaux.
En choisissant l'animation, Ari Folman a réglé définitivement la question. Je n'ai pas trop saisi, dans les bonus du DVD, la raison pour laquelle il a pris ce parti artistique...mais bon, moi j'en ai une qui me va très bien, j'y viendrai plus tard.
On rebrousse un peu chemin dans le bordel de ma pensée, disons que c'était la « fin de l'intro chaotique » et on repart sur de bonnes bases.
Je vous donne le synopsis au dos de mon DVD:
« N'ayant aucun souvenir de son expérience lors de la 1ère guerre du Liban au début des années 80, Ari Folman décide de partir à la rencontre de ses anciens camarades de guerre maintenant éparpillés dans le monde entier. Au fur et à mesure de ses rencontres, Ari plonge dans le mystère et sa mémoire commence à être parasitée par des images de plus en plus surréalistes. »
Valse avec Bachir présente une galerie de témoignages, tous plus subjectifs les uns que les autres et reconstitués sur la voix off des intervenants qui, par ce procédé, glissent lentement au rang de personnages...peut-être pour le grand malheur d'Ari qui cherche des réponses...des certitudes, des faits: « Est-ce que j'étais avec toi? Sur quel bateau sommes-nous partis? ».
L'évidence est pourtant là dès le début, quand les chiens de l'enfer sont lâchés à la poursuite de leur assassin, au crime vieux de plus de vingt ans: il n'y a pas de faits, pas de réalité, juste un ressenti...
c'est lui qui impressionne la mémoire et ponctue fatalement chaque fin de phrases de « je ne sais plus » et chaque séquence d'hallucinations, de rêves parfois si subtils que, si l'on cherche le « vrai » du « faux » on peut facilement s'y perdre. Mais pourquoi chercher le vrai du faux, nous, étrangers à cette histoire? L'hallucination qu'a Carmi Cna'an sur le bateau du départ est bien vraie, il l'a vraiment eu et c'est suffisamment honnête pour construire le pilier de base du 7ème art: l'empathie.
Le problème apparaît au fur et à mesure et se résous à la fin, comme dans tout bon récit: personne ne semble se rappeler, ou ne veut évoquer, les massacres de Sabra et Chatila. Nous ne sommes évidemment pas dans le déni de ces évènements mais l'insistance d'Ari dans ses recherches débouche sur l'importance de cette quête première et du travail de mémoire essentiel.
Big deal, vous allez me dire. C'est vrai, on sait que c'est essentiel de savoir ces choses là, pourtant, on ne les apprend pas pour autant. Et même si on les apprenait, il y a mille façons d'absorber une information, et parmi ces mille là, je ne sais combien peuvent la détourner...(il suffit de voir combien d'Américains pensent avoir gagné la guerre du Vietnam...)
On sait que c'est essentiel mais ce film « documentaire » se penche pourtant plus sur l'intimité de personnage face à l'Histoire qu'à l'Histoire elle-même...ce qui ne me dérange aucunement d'ailleurs parce que l'Histoire ne s'écrit pas toute seule...mais la résolution du problème s'approche et s'éloigne sans cesse, parfois vêtue de mots, d'autres fois lourde de silence...jusqu'à ce que soit rompue toute attente et toute fiction. Le contrat signé dès l'ouverture dans l'écume de ces chiens chimériques se déchire brutalement et avec lui s'effondrent la beauté, le confort des images, du mouvement et de mille musiques pour nous confronter à des images vierges de tout récit.
Ce n'est plus un témoignage ou une hallucination. Ce sont des images filmées, caméra épaule tenant la pose devant des corps inertes, assombris sous la poussière des débris, démembrés sous les effondrements, sanguinolents, massacrés...
Quoiqu'en dise Ari, l'animation de tout le film est un écrin qui révèle la puissance de ces images finales, lesquelles n'ont ainsi nullement besoin d'emphase et nous frappent de plein fouet avec le « grain de réel » de Bonitzer si évident sur des images d'archives...je m'en rappelais encore il y a quelque jours, alors que j'attendais le DVD...j'avais fondu en larmes dans la salle de cinéma et mes copines ne savaient plus quoi faire...
Les bonus du DVD sont peu nombreux et très courts (c'est pas grave cela dit, personnellement je les regarde jamais! Mais j'me suis dit que pour une fois j'pouvais faire un effort) et Mr Joseph Bahout, sommité en matière de science politique libanaise, conclut son entretien sur le sujet de l'amnésie collective. Il affirme que, au Liban, ce n'est pas une page qu'on aime à relire...pour toute sorte de raisons dont certaines n'ont rien à voir avec une culpabilité quelconque...
L'avantage de ces films là, c'est qu'ils tombent toujours au bon moment...
Son intérêt ne relève pas seulement de son sujet mais aussi de sa capacité à lier les concepts Vertov-Eisenstein sur le "faux" débat de la fiction et du documentaire.
Enfin, Valse avec Bachir est important, je pense que vous l'aurez compris...il ne faudrait pas que la norme devienne l'ignorance ou l'obscurantisme...qui, alors, pourrait nous juger sain d'esprit?
(faut couper la musique sur la note précédente avant de mater la BA.)
17:39 Publié dans cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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