12.07.2007

Day 10

 

Day 10

(vendredi 25...histoire que vous suiviez un peu mieux.)

 

 

Première chose, cadeaux pour maman. Une petite boîte à musique. J'ai craqué quand j'ai entendu « Le temps du muguet »...chanson que ma mère m'a appris en russe il y a des années.

 

En repassant devant la papeterie où j'ai acheté mon carnet j'en vois d'autres, plus grand, plu beau et je sais que ma mère sera en extase devant celui que je lui prend et dont la couverture flamboyante représente une enluminure célèbre du Moyen-Age.

 

Jean-Pierre obtient un ticket pour Rio Bravo salle Buñuel à 22h30. Je ne l'ai jamais vu et il me le passe puisqu'il souhaite aller à un Certain Regard avec Gil voir un film nouveau en présence de l'équipe...c'est vrai que j'ai peu de chance de voir Howard Hawks, John Wayne et Dean Martin à ma projo!

 

Vers 15h, un cocktail au stand de la région en l'honneur du court-métrage « Resistance aux Tremblements ». Retrouvailles avec Lise, une première assistante efficace, dynamique et rigolote rencontrée il y a des années et avec laquelle une amitiée s'était tissée.

 

Elle est maintenant directrice de prod dans une boîte à Paris qui produit essentiellement du court-métrage et elle vient d'ailleurs de terminer son premier film en tant que réalisatrice.

 

Elle est rayonnante et toujours aussi dynamique.

 

Me voici de nouveau sur la plage à filmer. Assise sur la sable, j'écoute un groupe qui fait sa balance et nous envoie une reprise assez curieuse des Steppenwolf: Born to be Wild...[je sais pas...imaginez Born to be Wild en accoustique, avec un tempo lent et une chanteuse à la Cat Power.. .c'était très joli mais juste pas du tout sauvage!]

 

Le groupe s'appelle Moriarty je crois...j'ai vu l'affiche quand j'étais à la Fnac. Ils ne reprennent que des musiques de films.

 

La plage redevient privée et je remonte sur la Croisette.. .je m'assieds sur un muret...en toute confiance...et ce n'est qu'au bout de quelques minutes, quand je me relève que je sens quelque chose ...comment dire...quelque chose de bizarre qui m'empêche de me lever et me colle au muret.

 

Bon, j'vous le donne en mille...

 

il faut savoir que le muret longe toute la Croisette et que, bien évidemment, j'me suis assise au seul endroit sûrement où quelqu'un avait renversé de la lace à la vanille...de l'exact couleur de la pierre sur laquelle je m'étais posée innocemment.

 

Je ne peux pas faire de 360 ni même de 180 avec ma tête mais je comprend vite que j'en ai partout sur le fut' et pas que sur les jambes bien évidemment.

 

Le cocktail est fini, Gil, Jean-Pierre et Nathalie me rejoignent et là j'avoue que j'suis un peu dépitée.

 

La salle Buñuel n'exige pas de tenue classe mais je pense pas qu'on me laissera m'asseoir comme ça. De toute façon, j'ose même pas marcher, j'ai trop honte!

 

Je pense que je vais aller tranquillement dormir dans la voiture et attendre que « l'orage » au-dessus de moi passe!

 

Gil suggère que j'essaie de me nettoyer à la douche de la plage. Bonne idée...j'y vais...ça pue la pisse mais j'ai pas vraiment le choix. bon...c'est délicat comme je vois rien...mon fut est entièrement trempé. Je remonte et je dois attendre, debout que ça sèche.

 

Nan vraiment...là j'ai quand même honte. Déjà je faisais tâche à ne même pas porter de maquillage et à m'habiller comme tous les jours mais alors là, je crois que c'est pas mal.

 

boarf...autant en rire. Nous restons tous les quatre un moment et j'avoue qu'un moment, après qu'une vieille Tatie Danielle ultra sapée m'ait regardé avec dédain, j'me suis dit que j'allais la laisser s'assoeir pil poil sur le lieu du crime...heureusement pour elle, elle a juste posé son sac Vuitton (non mais qu'est-ce qu'ils sont laids ces sacs!!) dessus...bon c'était pas la grande joie non plus mais au moins ses fringues étaient toujours nickel et elle a évité le pire...

 

parce qu'en y repensant, je l'aurai sûrement pas prévenue!

 

[pour ma défense je dois dire que j'étais largement influencée par mes trois compères qui m'ont dit de ne pas la prévenir non plus!...oui je sais ça n'excuse pas cet acte de méchanceté! lol]

 

Donc j'attends...j'attends que ça sèche. Le soir commence à tomber, le concert commence. On descend tous les quatre sur la plage. Jean-Pierre et Gil partent à leur projection, et Nathalie reste avec moi à écouter et à essayer de reconnaître de quels films sont extraits ces morceaux.

 

On se sépare et nous dirigeons chacune vers nos projections respectives.

 

J'ai un peu d'avance et encore un peu de batterie. J'en profite donc pour filmer le spectacle de rue d'un vieux bonhomme que j'ai repéré depuis le premier jour.

 

Il est grand, maigre, édenté...largement 70ans. Il a vraiment une gueule que j'adore et qui me ferait un peu pensé à ce personnage des Sergio Leone...[vous savez, celui qui fabrique tout le temps les cercueils...Péli-Pélo? Je crois qu'il a un nom comme ça.]

 

Sa gueule me ramène aussi des années plus loin. A Prague sur le Pont Charles où un autre vieux qui lui ressemblait jouait de la vielle. [Plein de pensées pour toi ma petite Eli!]

 

En tout cas, ce vieux là est assez impressionnant et la foule s'attroupe rapidement autour de lui pour le regarder faire tenir des mégots allumés en équilibre entre ses deux lèvres avant de les avaler! Il avale aussi des allumettes et la rapidité avec laquelle il exécute son numéro ne laisse pas voir le moment où il les éteint. C'est effectivement assez impressionnant...

 

Je le filme un peu et lui donne tout ce qui me reste.

 

Désolée mon vieux, mais là, j'peux pas te regarder avaler des lames rasoirs...là c'est too much!

 

J'arrive devant le bunker, je montre mon ticket. Je galère à vider mon sac puisque j'ai un pull, ma caméra, ma batterie, mon appareil photo, les deux cadeaux pour ma mère, mon carnet, des crayons un peu partout + des trucs pour filles. En voyant les cadeaux la vigile me demande:

« C'est pour moi?

_Ah c'est pour ma mère, je suis vraiment désolée!

_Hé ben, j'suis une mère aussi.

_Alors c'est parfait, vous aurez sûrement des cadeaux!

_Oui mais les vôtres ont l'air bien beau.

_Vous voulez dire le papier!  Si vous voulez j'peux vous offrir le papier. C'est beau et vous pourrez en plus le recycler.

 

Elle rit et finit par me dire:

 

_Allez, ne mécoutez pas sinon vous allez rater votre film!

 

Je monte à la salle Buñuel. Trois américains se trouvent devant moi et parle de la première trilogie Star Wars. Quoique le jeune homme a plutôt un accent anglais...

 

Je souris rien qu'au son de cette langue si belle.

 

Nous entrons.

 

Un homme vient nous rappeler ce qu'on va regarder et nous annoncer les deux personnalités présentes pour nous parler du film.

 

Un homme dont j'ai oublié le nom et...Mr Tarantino!

 

Alors là, la salle a hurlé à l'unisson!

 

Qui aurait cru que dans la plus petite salle du festival, pour un film de 58, Tarantino serait présent?

 

Pas moi en tout cas, ni les trois jeunes devant moi qui filment et crient de joie! Pourtant c'est vrai, Tarantino est un grand cinéphile et je me rappelle bien qu'il y a 3 ans, lorsqu'il était président du festival, il avait regretté de ne pas avoir pu assister à la projo de "La Rage du Tigre" dans cette même salle...projection à laquelle je me trouvais.

 

En tout cas, il est là. Je me maudis de ne pas avoir garder de batterie! Alors j'essaie de mitrailler comme je peux avec mon appareil. Et comme je suis une piètre photographe, ça donne des trucs pas fameux.

 

Le premier type parle un peu de la carrière d'Howard Hawks. Il passe finalement le micro à Tarantino...il me semble que le premier homme présent sur scène devait traduire ce qu'il disait, mais il parlait si vite et s'arrêtait tellement jamais qu'il n'a rien pu traduire!

 

C'est à ce moment, précisément, que je m'suis dit que mon anglais devait vraiment être bon quand même pour que je comprenne absolument tout tout tout de ce que disais Quentin.

 

Il racontait donc que la première fois qu'il avait vu Rio Bravo, c'était chez sa grand-mère qui aimait énormément John Wayne et qui n'avait pas beaucoup de films...à chaque fois qu'il retournait chez elle, ils remataient donc ce film dont il était tombé amoureux et dont il ne se lassait pas.

 

Ayant grandi seul avec sa mère, il expliquait que ce film lui avait vraiment donné une image de virilité, masculinité. Et j'avais tellement envie de hurler que pour moi c'était Reservoir Dogs!!! Je trépignais sur mon siège et toutes mes photos étaient floues du coup, ce qui m'énervait d'autant plus!

 

Tarantino continuait. Il nous racontait qu'il avait eu une autre période dans son adolescence où il regardait le film à peu près 5 fois par semaine. En rigolant il confiait qu'à cette époque il n'avait pas encore de copine et qu'il était encore très loin d'en avoir (rire chaleureux de la part de toute la salle) mais qu'il se répétait que si il en avait une, elle avait intérêt à aimer ce film!

 

La fin de son discours était plus confuse et il essayait de se retenir de parler pour nous laisser voir le film et il supplia qu'on éteigne nos portables.

 

Quand il eut enfin fini, il passa juste dans le rang devant (normal, c'était le rang réservé). Et il s'arrêtait tous les 10 centimètres pour nous répéter d'éteindre nos portables! Il sourit aux trois jeunes deux rangs devant moi puis à moi et ma voisine d'une cinquantaine d'années, très chaleureuse et très  contente d'être là.

 

Il s'est donc installé non loin de nous, dans le rang juste en face un peu plus à notre droite.

 

Toute la salle l'a entendu rire aux éclats pendant la projection et applaudir à chaque moment qu'il adorait.

 

L'espace d'un instant j'me suis demandé si les gens juste à côté de lui l'entendait réciter les répliques!

 

C'était la première fois que je voyais ce classique et j'ai énormément aimé. Bien sûr, la Classe Américaine me revenait parfois à l'esprit, ce qui rendait ma joie plus vive encore. Mais le personnage de Dean m'a vraiment émue. Et de plus j'ai enfin entendu dans son contexte une chanson que j'aime à fredonner souvent depuis que je l'ai entendu dans Les Sopranos. [Tony regarde Rio Bravo un moment donné dans la saison 4 je crois...]

 

[je ne l'ai pas trouvé sur radioblog mais j'aurai vraiment voulu vous le mettre!]

 

A la fin de la projection, nous sommes étrangement peu nombreux à l'attendre à la sortie de la salle.

 

Deux agents vêtus de gris le pressèrent d'aller quelque part mais il avait visiblement envie de parler de ce film dont il était si fan. Nous étions donc 6 ou 7 à qui il a serré la main et offert un large sourire. Aux trois jeunes et à moi il a confié qu'il était heureux de voir des jeunes regarder un classique et nous a demandé si on avait aimé. J'me suis contenté de hocher la tête tant j'étais folle et les trois gars hurlaient toujours: YOU ARE GOD! YOU ARE THE BEST! (avec un chouette accent bien franchouillard et très rigolo). Quentin mis son index et son annulaire en « V » et leur dit : « thank you, i apprciate that! ».

 

Il voulait vraiment rester et un agent (assez jeune) à carrément dû lui tirer sur la manche!! Mais l'autre lui a lancé un de ces regards!! Je ne sais pas si il s'est fait virer ou quoi mais Tarantino n'en avait pas grand chose à faire. Il était tout euphorique et a pris son temps pour partir. De loin il continuait à nous crier: « God, I love this movie! Thank you all for watching it! »

 

Nous sommes restés nous aussi un peu euphorique, à ne pas vouloir sortir. Comme si dehors, le charme allait se rompre. Et pourtant, ce n'était pas grand chose, mais il est juste tellement chaleureux...et passionné.

 

Les trois gars regardent leur main et l'un deu dit qu'il ne se la lavera plus jamais. En riant je leur dis que moi je vais carrément me l'amputer pour la faire encadrer! Ils rigolent tous trois en me disant que c'est une trop bonne idée.

 

On descend quelques marches ensemble à converser sur nos préférences Tarantiniennes. Ils s'accordent tous trois pour dire que Pulp est le meilleur et je défends mon petit Reservoir becs et ongles! Lol

 

Entre deux escaliers je retrouve ma voisine de siège qui me demande si je sais où est-ce qu'il reste des toilettes ouvertes.

 

Je secoue la tête quand une apparition angélique s'offre à nos yeux. Un garçon d'un grande beauté, le teint mat et d'immenses yeux bleus, un aspirateur à la main propose de nous aider.

 

Mais absolument TOUTES les toilettes sont fermées.

 

Cet ange sublime est doté d'une voix des plus douces et il semble extrêmement ennuyé de ne pas réussir à nous aider.

 

[punaise...j'me rend compte que j'étais vraiment frapadingue quand j'ai écrit tout ça! Lol mais c'est vrai qu'il était très beau!]

 

Dehors, la nuit est toujours belle et quasiment toutes les façades de bâtiments sont éclairées.

 

J'appelle mes trois compagnons qui sont à quelques mètres, sur la terrasse du McDo.

 

Il est quasiment 1h00, le McDo est plein.

 

Je m'assoie à leur table et leur raconte tout. J'avoue que j'suis un peu folle. Je parle tellement vite que je dois tout répéter trois fois. [Je vous explique même pas la tête de ma paille quand j'ai eu fini mon Ice Tea!]

 

J'étais tellement excitée que j'ai photoshopé toute la nuit tant j'avais pas envie de dormir!

 

Et impossible de me défaire de cette chanson dont les paroles s'étaient désormais imprégnées définitivement dans ma mémoire, comme tous les moments de cette soirée.

 

 

 

 

 

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